Smart Campaign, ou la protection des clients pour une microfinance plus sociale

Smart Campaign, ou la protection des clients pour une microfinance plus sociale – 3 octobre 2018

 

Depuis maintenant plusieurs années, Philea accompagne membres et partenaires à travers des appuis financiers mais également non-financiers. Cet axe a notamment été développé en partenariat avec RAFAD jusqu’à juin 2018 afin de renforcer les structures. Adhérant à la Smart Campaign, Philea a ainsi souhaité apporter aux institutions de microfinance les outils et les ressources dont elles ont besoin pour fournir des services financiers transparents, respectueux et prudents à tous leurs clients. Visant à relancer la campagne au moyen d’une collecte de fonds, Philea vous présente les avantage d’une telle implication. Témoignage!

ADISCO, en bref et en image

ADISCO, en bref et en image – 3 octobre 2018

 

L’ADISCO, l’Appui au Développement Intégral et la Solidarité sur les Collines, est une association sans but lucratif de droit burundais qui a pour mission de contribuer à l’émergence et à la construction d’un mouvement social national capable de porter son propre développement et d’influencer les politiques au profit des couches modestes de la population.

Dans son dernier rapport d’évaluation, ADISCO a mis en lumière l’impact positif de leur collaboration avec Philea. En retraçant les investissements effectués dans plusieurs coopératives agricoles, notamment auprès de caféiculteurs, il ressort du document une nette progression du rendement moyen grâce au développement des infrastructures et des équipements de transformation, rendus possibles par les crédits et garanties octroyés.

  • La coopérative multi-filière Korerikawa, qui se consacre au café et à l’haricot, a par exemple développé ses infrastructures en améliorant le stockage de ses denrées. Malgré la crise du café en 2015 qui a provoqué une chute des prix, les chiffres augmentent progressivement depuis deux ans et sont encourageants pour la suite : la coopérative a en effet pu créer une mutuelle de santé fidélisée par la paie du café.
  • La coopérative Buseruko-Rugajo a quant à elle des résultats très satisfaisants grâce à la collecte et transformation de café cerise, à l’organisation du stockage des produits viviers tels que le riz et le haricot et la labellisation de la farine de manioc. Grâce au crédit, la coopérative peut louer des camions regroupant et ramenant le café au lieu de transaction, évitant ainsi à des femmes de le transporter sur le dos pendant 18km, comme c’était le cas auparavant. En augmentant par ailleurs son volume de transaction, le rapport conclue dans ce cas à « l’amélioration des conditions de vie des membres, en particulier, et de la communauté, en général ».

Ces exemples illustrent les progrès conséquents liés aux investissements de Philea depuis plusieurs années : d’abord économique, grâce au financement de stations de lavage dans un premier temps puis à l’obtention de certificats Fair Trade dans un second temps, assurant aux producteurs de gagner un minimum de 40 cents par livre. Ensuite, un net progrès social, avec des familles membres ayant accès à des soins de meilleures qualité par la mise en place de mutuelle de santé dans certaines coopératives tout comme une baisse importante du chômage. Enfin, un progrès dans le domaine politique, avec des caféiculteurs qui ont utilisé les coopératives café comme un instrument de plaidoyer afin de défendre leur positionnement pendant le processus de privatisation qui n’entendait pas leur voix.

Si ces évolutions sont très encourageantes, des défis persistent. Certaines coopératives n’ont pas encore pu développer des mutuelles de santé ou n’ont pas accès au label Fair Trade, d’autres ont également du mal à rembourser leur crédit. Un soutien, tant financier qu’humain, doit donc être maintenu, bien que ces premiers résultats soient fantastiques et nous remplissent de joie. La collaboration avec l’ADISCO est donc prometteuse et nous les remercions du contact régulier que nous entretenons avec eux, nous permettant ainsi de voir les belles évolutions des coopératives que nous soutenons.

Galerie photo

Coopérative Korerikawa – Protection du café contre les intempéries pendant le séchage

Coopérative Buseruko-Rugajo – Stockage des vivriers

Coopérative Twubakane de Rutana – Nettoyage du café dans les bacs de fermentation

Le microcrédit nécessite une formation

Mardi 06 juin 2017
Christophe Koessler
Le Courrier, Genève

 

Pour échapper au surendettement et valoriser leurs emprunts, les bénéficiaires du microcrédit ont besoin d’une «éducation au crédit». C’est ce qu’offre la fondation Rafad.

 

Présenté au début des années 2000 comme une solution miracle à la pauvreté dans les pays du Sud, le microcrédit a ensuite connu tant de déboires et d’abus qu’il s’est partiellement discrédité selon certaines voix critiques1. Prêter de l’argent à des populations aux revenus modestes qui n’ont généralement pas accès au crédit bancaire pour qu’elles montent leur propre entreprise est certes une idée intéressante, mais elle s’est souvent heurtée à des pratiques douteuses et à des conséquences parfois dramatiques: taux d’intérêt exagérément élevés, prêts octroyés sans examen de la solidité des dossiers des emprunteurs, surendettement des bénéficiaires, etc.

Pour un large secteur de la coopération au développement cependant, la microfinance reste un outil essentiel à partir du moment où elle est encadrée par des règles strictes et si les emprunteurs sont suffisamment informés.

La crise aiguë du microcrédit en 2008 et 2009 dans plusieurs pays du Sud, au Nicaragua notamment, où un vaste mouvement de protestation avait pour crédo «je ne paie pas» (no pago), a ainsi incité la fondation suisse Rafad à lancer en 2011 un vaste programme de formation à destination de bénéficiaires de programmes de microcrédit. Centré sur l’éducation financière, il vise à maximiser l’utilité de ces crédits pour les emprunteurs tout en évitant le surendettement.

Concrètement, Rafad s’adresse principalement à des coopératives et à des associations de microcrédit à but non lucratif en Amérique latine et en Afrique pour les aider à mettre sur pied des modules de formation à destination de leurs membres. Depuis cinq ans, plus de 6000 personnes, en majorité des femmes, ont bénéficié de ces cours sur le continent sud-américain, et 3000 autres au sud du Sahara, grâce à des financements de la Fédération genevoise de coopération.

Epargner avant d’emprunter

«Nous sensibilisons en premier sur l’importance de l’épargne car on ne peut rien sans elle», explique Jean- Paul Kiendrebeogo, le représentant de Rafad au Burkina Faso, de passage en Suisse. «Même avec des salaires de 45 euros par mois, les gens peuvent épargner en rognant sur leurs dépenses superflues, comme

des déplacements inutiles, des factures exagérées de téléphone portable ou de bière», estime-t-il. Ensuite vient l’enseignement de techniques essentielles: fixer un objectif précis, élaborer un budget, calculer la rentabilité des investissements par rapport au taux d’intérêt à rembourser (qui sont très élevés dans le microcrédit, un moyenne de 25% en Afrique de l’Ouest selon lui), comparer les offres des organismes de crédit, etc.

Il s’agit aussi de conscientiser: «Nous les informons que l’argent qui leur est prêté est celui des épargnants. Et que s’ils le dépensent pour leurs besoins immédiats plutôt que leurs investissements productifs, ils ne pourront jamais le rembourser», continue Jean-Paul Kiendrebeogo.

Et le résultat est au rendez vous. L’exemple du Mali est le plus spectaculaire: «Les données récoltées démontrent une forte croissance de l’encours de l’épargne des membres formés (+178,7%) [pour la période 2013-2015]», lit-on dans le rapport final du projet de Rafad.

Au Sénégal, les crédits en retard ont diminué de 35,1% à 10,3% du total des prêts. «Nombre de participants sont enthousiastes et regrettent de ne pas avoir été formés plus tôt. Ils auraient ainsi pu d’éviter les ennuis qu’ils ont eu par le passé», assure le spécialiste burkinabè.

Eduquer les prêteurs aussi

Même topo en Amérique latine où Javier Vaca, directeur de l’ONG équatorienne Réseau d’institutions financières pour le développement, fait état de progrès significatifs. Couplée à l’information et au transfert de savoir-faire, la sensibilisation génère un changement d’attitude de la part des micro-entrepreneurs: «L’effet sur les retards de paiement et le taux d’épargne est presque immédiat», se félicite-t-il.

Si l’action de Rafad a ciblé en priorité les bénéficiaires finaux, la fondation travaille désormais à améliorer la gestion des crédits par les institutions de microfinance elles-mêmes. «Car le surendettement, par exemple, est souvent autant la responsabilité du prêteur, qui octroie parfois des prêts trop facilement, que de l’emprunteur», explique Alain Vergeylen, coordinateur de Rafad Suisse.

Ainsi, des ateliers centrés sur les bonnes pratiques en matière de «protection des clients» sont mis sur pied à destination du personnel des coopératives et autres organismes de prêts associatifs: «Cela va de la transparence sur les coûts aux prix justes des crédits, en passant par la prévention du surendettement, l’accompagnement des clients et la mise en place d’un système de plaintes», détaille Javier Vaca.

Depuis le début des années 2000, la plupart des Etats latino-américains et plusieurs pays africains ont aussi légiféré pour éviter les abus dans le secteur, notamment en matière de taux d’intérêt. Certains imposent même des formations dans le domaine de la «protection des clients», comme le Nicaragua.

Surpris par l’utilité des cours destinés aux emprunteurs et par la motivation des participants, Rafad a commencé à partager son expérience avec des ONG qui ne sont pas actives dans le microcrédit: «L’éducation financière est essentielle au développement en général. Elle pourrait s’étendre», se réjouit Alain Vergeylen.