Les correspondants locaux : pierre angulaire de la stratégie Philea

16 avril 2019

Dans l’évolution de la stratégie Philea, le rôle du correspondant local au sein de Philea prend une place plus importante. Tantôt soutien du Siège à Genève, tantôt dénicheur de potentiels, le correspondant local est avant tout le relais entre le terrain et la coopérative et use de son savoir local exceptionnel afin de mieux appréhender les situations à risque et les maîtriser. Pour mieux comprendre son rôle, nous avons parlé avec Jamir Contreras, Correspondant local en charge de l’Amérique centrale, qui revient sur sa fonction et sa collaboration avec Philea tout comme sur la situation politique délicate que traverse le Nicaragua et son impact sur nos activités. Compte-rendu d’entretien !

Présentations

Jamir Contreras (JC), correspondant pour Philea depuis 2011, s’investit pour la coopérative avec passion. Arpentant le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala, il utilise son réseau afin de repérer des institutions de microfinance et des coopératives agricoles ayant une vision proche de la nôtre et cherchant à développer leurs activités, notamment dans le domaine agricole. Il revient sur son expérience sur ces pays qui représentent « des réalités bien différentes ».

Rôle du correspondant local

JC explique que le rôle principal du correspondant local, et notamment la mission qu’il s’est donnée, est la gestion des risques. Lorsqu’une situation se complique, il estime « avoir le devoir d’alerter Philea et de trouver des solutions adéquates en fonction du partenaire local, du problème à résoudre et de la situation du pays ». S’il trouve que les investissements actuels au Salvador sont encourageants, la situation au Nicaragua est, elle, plus compliquée.

La crise au Nicaragua

La forte crise politique qui secoue le pays depuis avril 2018 a été un marqueur d’instabilité à plusieurs niveaux, notamment économique. Pour JC, « les familles pauvres sont les premières à souffrir l’impact d’une telle situation, notamment en raison des restrictions bancaires, de l’augmentation des impôts et surtout, du chômage ». Il explique par la suite que « la perte de confiance envers les politiciens provoque une sortie des liquidités des banques, ce qui aggrave considérablement la crise ». Après les négociations brusquement arrêtées du mois de mars 2019, la situation au Nicaragua reste particulièrement compliquée et impacte sur le quotidien des producteurs agricoles et des institutions de microfinance. Conscient de la situation, JC choisit de rester optimiste et cite l’exemple de COOPEFACSA, coopérative d’épargne-crédit, qui « a su s’adapter aux difficultés en misant avant tout sur les ressources humaines, notamment en appliquant les outils proposés dans le cadre de l’éducation financière ». Encore aujourd’hui, COOPEFACSA rembourse son crédit sans trop de difficulté et poursuit sa mission.

La coopération au développement

Si certaines institutions s’en sortent mieux que d’autres dans un même pays, quelles bonnes pratiques peuvent être mises en place ? Pour JC, le suivi régulier des dossiers et le réseau sont des éléments importants qui lui permettent de ne pas laisser une situation délicate s’empirer. Il reste néanmoins convaincu que « le vrai développement, celui qui induit des changements profonds, comme la baisse significative de la pauvreté, se construit en dépassant la simple logique de survie ». Pour lui, le soutien aux populations dites du sud demandent « de passer d’une culture de la passivité à une culture de l’action, où le développement se retrouve dans les mains des autochtones ». Il conclut en disant qu’« aujourd’hui, il n’est plus acceptable que les pauvres continuent à l’être ».

Considérations finales – et Philea dans tout ça ?

Tout le travail de Philea est justement de contribuer à freiner cette tendance. Philea investit dans des projets brillants, provenant de ses partenaires locaux qui recherchent la source de financement qui leur a souvent manqué, en raison d’une certaine méfiance provenant des institutions financières traditionnelles. Le rôle de Philea est de soutenir ces projets à forts impact social, jouissant d’un rayonnement de développement important. Avec l’objectif de rendre les investissements pérennes, les projets d’appui techniques sont très importants parce qu’ils permettent de combler les lacunes plus ou moins problématiques de nos partenaires en matière de gestion ou pour éviter le surendettement et de les aider à atteindre leurs objectifs. Le correspondant local participe à ce travail par son implication, ses efforts, ses échanges réguliers entre le terrain et la coopérative, et comme la mentionné JC, par sa grande capacité d’adaptation.

Un grand merci à tous les correspondants locaux pour leur travail : Jamir Contreras (Amérique Centrale), Sergio Cortez (Pérou), Jean-Paul Kiendrebeogo (Afrique de l’Ouest), Oscar Rwasa (Burundi), Mbaye Sarr (Sénégal) Antonio Javier Vaca Espin (Équateur).

Et un grand merci à Jamir Contreras, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions pour la réalisation de cet article.

 

Propos recueillis et textes rédigés par Sonia Rodríguez